PHOTOS. Quel avenir pour les jeunes travailleurs de l’industrie automobile à Stuttgart ?

Avec la crise du secteur automobile à Stuttgart, plusieurs emplois sont menacés. Dans ce contexte, les jeunes travailleurs, apprentis ou salariés de cette industrie voient leur avenir s'obscurcir. Stuttg'Arte est parti à leur rencontre.

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Les construc­teurs auto­mo­biles de Stutt­gart, bas­tion his­to­rique du « Made in Ger­ma­ny », s’enfoncent dans une crise sans pré­cé­dent. Faibles béné­fices, ventes en chute libre, plans de licen­cie­ments… Cette indus­trie concerne pour­tant 240 000 tra­vailleurs dans le Bade-Wur­tem­berg, soit près d’un tra­vailleur sur cinq. Les sièges des entre­prises Mer­cedes-Benz, Porsche ou l’équipementier auto­mo­bile Bosch sont loca­li­sés dans la région.

Stuttg’arte est par­ti à la ren­contre de jeunes tra­vailleurs, appren­tis ou sala­riés de l’industrie auto­mo­bile. Pes­si­mistes quant à l’avenir, cer­tains s’en­gagent dans la défense du droit du tra­vail pour les jeunes sala­riés avec le syn­di­cat IG Metall. D’autres racontent les sacri­fices qu’ils ont dû faire pour espé­rer obte­nir une place dans le métier de leurs rêves.

Tim est au chô­mage. À 23 ans, il a pour­tant déjà effec­tué une alter­nance de trois ans dans l’usine d’un équi­pe­men­tier auto­mo­bile, en ban­lieue stutt­gar­toise. « Au cours de la troi­sième année de mon appren­tis­sage, j’ai été élu au conseil des jeunes [syn­di­qués] et c’est là que j’ai décou­vert le rôle du syn­di­cat ». IG Metall est le syn­di­cat majo­ri­taire des comi­tés d’entreprise des usines auto­mo­biles de la région. D’après Tim, si son alter­nance n’a pas conduit à une embauche, c’est parce que le syn­di­cat n’était pas assez puis­sant au sein de son entre­prise.
Le jeune homme reste mal­gré tout convain­cu que le tra­vail manuel dans les usines reste néces­saire. Il est actuel­le­ment en recherche d’une deuxième alter­nance dans le sec­teur des mobi­li­tés (trans­ports en com­mun, ascen­seurs…). Il peut comp­ter sur le sou­tien d’Alex, 30 ans, ouvrier syn­di­qué et membre d’un mou­ve­ment com­mu­niste à Wai­blin­gen, à 15 kilo­mètres de Stutt­gart.
« Les locaux [dans les­quels ils se réunissent] ne sont pas affi­liés au DKP [Par­ti com­mu­niste alle­mand], mais sont uti­li­sés par des tra­vailleurs com­mu­nistes de la région qui n’ap­par­tiennent à aucune orga­ni­sa­tion en par­ti­cu­lier. Néan­moins, les tra­vailleurs com­mu­nistes res­tent très actifs au sein des syn­di­cats uni­taires, en par­ti­cu­lier dans notre région », explique Alex.
Alex des­cend d’une géné­ra­tion d’ouvriers. Son grand-père et son père étaient employés des usines du bas­sin souabe (région du sud-ouest de l’Allemagne com­pre­nant le Land du Bade-Wur­tem­berg et une par­tie de celui de Bavière). Wai­blin­gen est sa ville d’enfance. Il est actuel­le­ment employé dans une entre­prise qui fabrique des pièces de connec­tiques pour les construc­teurs auto­mo­biles.
Alex s’excuse et ne sou­haite pas don­ner plus d’informations sur ses condi­tions de tra­vail, ou même le nom de son entre­prise. « En Alle­magne, la loi est assez stricte sur ce qu’on a le droit ou non de révé­ler ».
Alex et Tim ont fait le choix de deve­nir membre du « conseil des jeunes » de leurs entre­prises dans les­quelles ils repré­sentent IG Metall. Le syn­di­cat per­met excep­tion­nel­le­ment à Tim de res­ter par­mi les repré­sen­tants syn­di­caux, dans la mesure où il recherche un nou­vel emploi. Alex, membre du conseil depuis plu­sieurs années, s’est don­né une mis­sion : « Nous fai­sons tout notre pos­sible pour sen­si­bi­li­ser les jeunes à la poli­tique ».
Les mani­fes­ta­tions, dont celle du 1er mai en pré­pa­ra­tion, sont un moyen pour Tim et Alex de défendre les droits des tra­vailleurs et de sen­si­bi­li­ser la jeune géné­ra­tion. Des pho­tos des grandes mani­fes­ta­tions pas­sées du syn­di­cat IG Metall sont affi­chées sur les murs des bureaux du mou­ve­ment com­mu­niste de Wai­blin­gen. “#Streik­be­reit’’ signi­fie “#prêt à faire grève” en alle­mand.
En octobre 2025, une mani­fes­ta­tion à l’initiative du syn­di­cat a réuni près de 2 000 per­sonnes contre la délo­ca­li­sa­tion des usines Bosch basées à Wai­blin­gen jusqu’en Asie. Le groupe venait alors d’annoncer la sup­pres­sion de 560 emplois d’ici fin 2028 sans solu­tion de reclas­se­ment pour 340 postes.
Le comi­té local des jeunes d’IG Metall (syn­di­cat majo­ri­taire dans les usines auto­mo­biles) se réunit au bureau de Stutt­gart une fois par mois. L’occasion pour eux de faire le point sur les avan­cées dans les négo­cia­tions sociales en cours. En jan­vier, la cheffe du syn­di­cat Chris­tiane Ben­ner décla­rait : « 2026 sera une année déci­sive qui déter­mi­ne­ra si le Bade-Wur­tem­berg res­te­ra une région indus­trielle ou si nous pren­drons du retard ».
Dans la ville d’Untertürkheim (ban­lieue de Stutt­gart), chef-lieu de Mer­cedes-Benz, 31 des 43 man­dats sont reve­nus à IG Metall lors des élec­tions pro­fes­sion­nelles du 8 mars 2026. 
« L’un des pro­blèmes aux­quels Mer­cedes est actuel­le­ment confron­té est de trou­ver des can­di­dats “déjà opé­ra­tion­nels” et dis­po­sés à com­men­cer un appren­tis­sage chez Mer­cedes », explique le secré­taire du comi­té local des jeunes d’IG Metall, Lio­nel Genz. « Le nombre de places d’ap­pren­tis­sage n’a ces­sé de dimi­nuer ces der­nières années, tan­dis que les pro­grammes d’é­tudes uni­ver­si­taires en alter­nance gagnent en popu­la­ri­té et sont mieux accep­tés ».
Alexan­dru Tarhoa­ca, 20 ans, est en passe de finir sa deuxième année de bache­lor « Auto­mo­tiv Engi­nee­ring » à l’université de Stutt­gart. Il s’est récem­ment enga­gé dans l’association étu­diante Renn­team. Depuis 2005, ses membres par­ti­cipent à la For­mu­la Student, une ver­sion étu­diante de la For­mule 1, qui se déroule chaque année dans un pays dif­fé­rent.
À l’image de ses coéqui­piers, Alexan­dru pense que son enga­ge­ment dans ce pro­jet étu­diant est la meilleure porte d’entrée vers le monde de l’industrie auto­mo­bile. « Si vous vou­lez obte­nir un tra­vail dans le futur vous béné­fi­cie­rez du réseau de connexion de la Renn­Team ». L’association étu­diante est finan­cée par des spon­sors comme Mer­cedes-Benz, Porsche, Bosch, Mahle.
Michael (à gauche) a déjà effec­tué une alter­nance en bache­lor chez Porsche à Détroit aux États-Unis. Dans l’impossibilité de pour­suivre son rêve amé­ri­cain, il est reve­nu finir ses études en mas­ter à Stutt­gart. Déses­pé­ré par le manque de recru­te­ments dans l’industrie auto­mo­bile en Alle­magne, le jeune étu­diant se pro­jette déjà dans l’idée de devoir aller cher­cher du tra­vail chez Porsche au Mexique ou aux États-Unis, où il pense avoir plus de chances. 
Il y a deux ans, Alexan­dru a émi­gré à Stutt­gart. Il est ori­gi­naire de Rou­ma­nie. Ici, il a trou­vé sa voca­tion et des amis.
Toby (à droite) a pris Alexan­dru sous son aile. Ce jeune étu­diant alle­mand a déci­dé de prendre une année de césure pour se concen­trer sur son poste de « team lea­der » de la Renn­Team. Il est co-res­pon­sable des équipes et de la tech­nique. « Le mar­ché du tra­vail pour les jeunes ingé­nieurs n’est pas aus­si bon que celui d’il y a dix ans ». Il espère que son enga­ge­ment paie­ra.
Mela­nie Kess­ler est l’une des cinq filles de la Renn­team. Elle fait par­tie de l’équipe Mar­ke­ting et Mana­ge­ment. L’association, qui n’est qu’une simu­la­tion d’entreprise auto­mo­bile, compte au total qua­rante-sept membres.
Pen­dant deux jours, la Renn­team a expo­sé son der­nier pro­to­type de voi­ture de course à l’Université de Stutt­gart. Cette voi­ture pren­dra le départ de la course de la For­mu­la Student en juin pro­chain en Suisse.
L’atelier de la Renn­Team se situe à côté du cam­pus de recherche des entre­prises de l’industrie auto­mo­bile alle­mande. Une poi­gnée d’ingénieurs s’y réunissent pour pen­ser la voi­ture de demain. « Je crois que j’y suis entré une seule fois l’année der­nière lors d’un évé­ne­ment offi­ciel », regrette Alexan­dru. Le jeune étu­diant mise tout pour qu’un jour, ce milieu lui ouvre ses portes.

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