PHOTOS. Quel avenir pour les jeunes travailleurs de l’industrie automobile à Stuttgart ?
Avec la crise du secteur automobile à Stuttgart, plusieurs emplois sont menacés. Dans ce contexte, les jeunes travailleurs, apprentis ou salariés de cette industrie voient leur avenir s'obscurcir. Stuttg'Arte est parti à leur rencontre.
Par
Justine Meddah
le
Les constructeurs automobiles de Stuttgart, bastion historique du « Made in Germany », s’enfoncent dans une crise sans précédent. Faibles bénéfices, ventes en chute libre, plans de licenciements… Cette industrie concerne pourtant 240 000 travailleurs dans le Bade-Wurtemberg, soit près d’un travailleur sur cinq. Les sièges des entreprises Mercedes-Benz, Porsche ou l’équipementier automobile Bosch sont localisés dans la région.
Stuttg’arte est parti à la rencontre de jeunes travailleurs, apprentis ou salariés de l’industrie automobile. Pessimistes quant à l’avenir, certains s’engagent dans la défense du droit du travail pour les jeunes salariés avec le syndicat IG Metall. D’autres racontent les sacrifices qu’ils ont dû faire pour espérer obtenir une place dans le métier de leurs rêves.
Tim est au chômage. À 23 ans, il a pourtant déjà effectué une alternance de trois ans dans l’usine d’un équipementier automobile, en banlieue stuttgartoise. « Au cours de la troisième année de mon apprentissage, j’ai été élu au conseil des jeunes [syndiqués] et c’est là que j’ai découvert le rôle du syndicat ». IG Metall est le syndicat majoritaire des comités d’entreprise des usines automobiles de la région. D’après Tim, si son alternance n’a pas conduit à une embauche, c’est parce que le syndicat n’était pas assez puissant au sein de son entreprise. Le jeune homme reste malgré tout convaincu que le travail manuel dans les usines reste nécessaire. Il est actuellement en recherche d’une deuxième alternance dans le secteur des mobilités (transports en commun, ascenseurs…). Il peut compter sur le soutien d’Alex, 30 ans, ouvrier syndiqué et membre d’un mouvement communiste à Waiblingen, à 15 kilomètres de Stuttgart.« Les locaux [dans lesquels ils se réunissent] ne sont pas affiliés au DKP [Parti communiste allemand], mais sont utilisés par des travailleurs communistes de la région qui n’appartiennent à aucune organisation en particulier. Néanmoins, les travailleurs communistes restent très actifs au sein des syndicats unitaires, en particulier dans notre région », explique Alex. Alex descend d’une génération d’ouvriers. Son grand-père et son père étaient employés des usines du bassin souabe (région du sud-ouest de l’Allemagne comprenant le Land du Bade-Wurtemberg et une partie de celui de Bavière). Waiblingen est sa ville d’enfance. Il est actuellement employé dans une entreprise qui fabrique des pièces de connectiques pour les constructeurs automobiles. Alex s’excuse et ne souhaite pas donner plus d’informations sur ses conditions de travail, ou même le nom de son entreprise. « En Allemagne, la loi est assez stricte sur ce qu’on a le droit ou non de révéler ».Alex et Tim ont fait le choix de devenir membre du « conseil des jeunes » de leurs entreprises dans lesquelles ils représentent IG Metall. Le syndicat permet exceptionnellement à Tim de rester parmi les représentants syndicaux, dans la mesure où il recherche un nouvel emploi. Alex, membre du conseil depuis plusieurs années, s’est donné une mission : « Nous faisons tout notre possible pour sensibiliser les jeunes à la politique ». Les manifestations, dont celle du 1er mai en préparation, sont un moyen pour Tim et Alex de défendre les droits des travailleurs et de sensibiliser la jeune génération.Des photos des grandes manifestations passées du syndicat IG Metall sont affichées sur les murs des bureaux du mouvement communiste de Waiblingen. “#Streikbereit’’ signifie “#prêt à faire grève” en allemand. En octobre 2025, une manifestation à l’initiative du syndicat a réuni près de 2 000 personnes contre la délocalisation des usines Bosch basées à Waiblingen jusqu’en Asie. Le groupe venait alors d’annoncer la suppression de 560 emplois d’ici fin 2028 sans solution de reclassement pour 340 postes. Le comité local des jeunes d’IG Metall (syndicat majoritaire dans les usines automobiles) se réunit au bureau de Stuttgart une fois par mois. L’occasion pour eux de faire le point sur les avancées dans les négociations sociales en cours. En janvier, la cheffe du syndicat Christiane Benner déclarait : « 2026 sera une année décisive qui déterminera si le Bade-Wurtemberg restera une région industrielle ou si nous prendrons du retard ».Dans la ville d’Untertürkheim (banlieue de Stuttgart), chef-lieu de Mercedes-Benz, 31 des 43 mandats sont revenus à IG Metall lors des élections professionnelles du 8 mars 2026. « L’un des problèmes auxquels Mercedes est actuellement confronté est de trouver des candidats “déjà opérationnels” et disposés à commencer un apprentissage chez Mercedes », explique le secrétaire du comité local des jeunes d’IG Metall, Lionel Genz. « Le nombre de places d’apprentissage n’a cessé de diminuer ces dernières années, tandis que les programmes d’études universitaires en alternance gagnent en popularité et sont mieux acceptés ». Alexandru Tarhoaca, 20 ans, est en passe de finir sa deuxième année de bachelor « Automotiv Engineering » à l’université de Stuttgart. Il s’est récemment engagé dans l’association étudiante Rennteam. Depuis 2005, ses membres participent à la Formula Student, une version étudiante de la Formule 1, qui se déroule chaque année dans un pays différent. À l’image de ses coéquipiers, Alexandru pense que son engagement dans ce projet étudiant est la meilleure porte d’entrée vers le monde de l’industrie automobile. « Si vous voulez obtenir un travail dans le futur vous bénéficierez du réseau de connexion de la RennTeam ». L’association étudiante est financée par des sponsors comme Mercedes-Benz, Porsche, Bosch, Mahle. Michael (à gauche) a déjà effectué une alternance en bachelor chez Porsche à Détroit aux États-Unis. Dans l’impossibilité de poursuivre son rêve américain, il est revenu finir ses études en master à Stuttgart. Désespéré par le manque de recrutements dans l’industrie automobile en Allemagne, le jeune étudiant se projette déjà dans l’idée de devoir aller chercher du travail chez Porsche au Mexique ou aux États-Unis, où il pense avoir plus de chances. Il y a deux ans, Alexandru a émigré à Stuttgart. Il est originaire de Roumanie. Ici, il a trouvé sa vocation et des amis. Toby (à droite) a pris Alexandru sous son aile. Ce jeune étudiant allemand a décidé de prendre une année de césure pour se concentrer sur son poste de « team leader » de la RennTeam. Il est co-responsable des équipes et de la technique. « Le marché du travail pour les jeunes ingénieurs n’est pas aussi bon que celui d’il y a dix ans ». Il espère que son engagement paiera. Melanie Kessler est l’une des cinq filles de la Rennteam. Elle fait partie de l’équipe Marketing et Management. L’association, qui n’est qu’une simulation d’entreprise automobile, compte au total quarante-sept membres.Pendant deux jours, la Rennteam a exposé son dernier prototype de voiture de course à l’Université de Stuttgart. Cette voiture prendra le départ de la course de la Formula Student en juin prochain en Suisse. L’atelier de la RennTeam se situe à côté du campus de recherche des entreprises de l’industrie automobile allemande. Une poignée d’ingénieurs s’y réunissent pour penser la voiture de demain. « Je crois que j’y suis entré une seule fois l’année dernière lors d’un événement officiel », regrette Alexandru. Le jeune étudiant mise tout pour qu’un jour, ce milieu lui ouvre ses portes.
Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou les ID uniques sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
Fonctionnel
Toujours activé
L’accès ou le stockage technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
L’accès ou le stockage technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’internaute.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques.Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
L’accès ou le stockage technique est nécessaire pour créer des profils d’internautes afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.